Cette peinture est issue du concours du Prix de Rome de l’année 1820. Le concours du Prix de Rome, qui avait des contours imprécis au début de la création de l’Académie (1648), avait fini par procéder par des étapes bien définies rappelées dans les règlements de l’école des Beaux-Arts (voir P. Grunchec, Les concours des Prix de Rome 1797-1863, Paris, 1986, I, p. 28 et suivantes).
Le concours se déroulait en trois étapes. D’abord, des candidats (parfois près d’une centaine) âgés de trente ans au maximum (célibataires également était-il exigé…) pouvaient se présenter à la première épreuve consistant en la réalisation d’une esquisse sur un thème tiré de l’histoire mythologique ou biblique. Les candidats signaient le revers de l’esquisse afin de préserver l’anonymat du jugement, et ces dernières étaient contresignées par les professeurs chargés de la surveillance de cette épreuve. Un comité jugeait les esquisses et ne retenait que vingt candidats pour la seconde épreuve du concours. La seconde épreuve consistait en une épreuve de nu masculin, cœur de l’enseignement académique. L’élève devait exécuter une peinture tirée du modèle vivant en quatre séances de sept heures sur une toile de 81 x 65 cm. Il ne reste que peu de peintures de cet exercice, les candidats les ayant produites ayant pu les réemployer, les redimensionner ou les offrir par la suite. À la suite de cette épreuve, un comité de professeurs retenait les dix derniers candidats appelés à réaliser la dernière épreuve du concours, le concours définitif. Un sujet était alors voté parmi plusieurs proposés. À nouveau tirés de la mythologie classique, de l’histoire ou de l’histoire biblique, les sujets servaient avant tout à des scènes tragiques permettant de mettre en avant les corps masculins et l’expression des passions humaines. Leurs sujets, parfois bien obscurs aujourd’hui, étaient expliqués par une petite note donnée aux élèves, souvent la citation de l’ouvrage de référence.
En 1820, le sujet choisi est tiré de l’Illiade et la note communiquée aux aspirants expose : 'Dans les jeux célébrés pour les funérailles de Patrocle, quatre prix avaient été décernés aux différents genres d'exercice. Il restait un cinquième prix à donner. Ce prix était une grande coupe d'or. Achille la prend, et, s'avançant vers Nestor, la lui met entre les mains. Tenez, lui dit-il, recevez cette coupe qui vous fera ressouvenir des funérailles de Patrocle. La scène se passe au milieu des vainqueurs et des spectateurs des jeux' (F. Didot [éd.], Séance publique de l'Académie royale des beaux-arts, Académie des beaux-arts, Paris, 1820, s. p.). Les dix retenus avaient alors douze heures pour fournir une esquisse à soumettre aux professeurs ainsi qu’un calque qu’il devait conserver pour reporter ensuite cette composition sur la toile de grand format. Dans les faits, les élèves conservaient plutôt l’esquisse et donnaient le calque afin de modifier leur esquisse. Notons qu’un élève s’éloignant trop de l’esquisse pouvait être disqualifié. Les esquisses de cette dernière épreuve pouvaient donc paraître relativement floues pour laisser à l’artiste la possibilité de la modifier. Une fois l’esquisse soumise, les élèves disposaient de soixante-douze jours (sans les dimanches et jours fériés) pour terminer leur composition au sein de l’école.
Parmi les dix participants de 1820, certaines peintures sont clairement identifiées. La toile du gagnant du Prix de Rome, Paul Coutan (1792-1837), est aujourd’hui conservée à l’école des Beaux-Arts de Paris. La toile de Monvoisin (1790-1870) est conservée dans une collection particulière, celle de Larivière (1798-1876) ayant obtenu une mention honorifique, a été vendue en 2024 dans cette maison (vente anonyme, Christie’s, Paris, 12 juin 2024, lot 35). Le musée de Rouen conserve la composition de Désiré Court (1797-1865). Restent alors les autres participants : Champmartin (1797-1883), Dassy (1791-1865), Jean Étienne Franklin Dubois (1796-1854), Norblin (1796-1884), Marigny (1795-1829), Potier (1796-1865). Un dessin pouvant s’approcher d’une première idée de notre composition était présenté par la galerie Heim à Londres en 1975 (Londres, Heim Gallery, French Drawings Neoclassicism, 1975, n°65 - comme attribué au baron Gros [1771-1835], 'A Homeric scene').
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Le tableau a fait l'objet d'un rentoilage, il est sur un châssis rapporté, à clefs.
A l'oeil nu, le tableau est dans un bon état de conservation. Il a préservé un joli modelé et des tons frais. On constate une ancienne restauration dans le ciel au niveau de la tente. Il est sous un vernis encrassé, jauni.
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