Les registres de la guilde de Saint-Luc d’Anvers sont les principales sources d’information dont nous disposons sur Peeter Sion (vers 1620-1695) : formé par le peintre anversois Frans van Lanckvelt (1607-1639), il intègre ensuite l’atelier de Willem Forchondt le Vieux (1608-1678) qui entretenait des relations commerciales importantes avec Vienne, Lisbonne et Cadix. Sion y réalisa essentiellement des œuvres reprenant des sujets religieux et mythologiques sur cuivre, support plus résistant au voyage. La composition ci-présente est donc un exemple assez rare de peinture de vanité dans l’œuvre du peintre.
Note sur la provenance
Cette peinture de vanité provient de la collection de Sam Bernhard Levie (1887-1943), marchand de textiles juif installé à Amsterdam. Celle-ci figurait parmi un ensemble de tableaux de maîtres néerlandais et italiens – des noms tels que Gerrit Adriaensz. Berckheyde (1638-1698), Adam Willaerts (1577-1664), Abraham van Beijeren (vers 1620-1690), Balthasar van der Ast (1593-1657), Frans de Momper (1603-1660), Leonard Bramer (1596-1674), Orazio Borgianni (1574-1616) et Luca Cambiaso (1527-1585) y figuraient – dont il a dû se séparer peu après le début de la guerre, lorsque les premières mesures antisémites ont été prises à l’encontre de la communauté juive néerlandaise.
Ayant probablement perdu son emploi suite aux persécutions, Levie dût vendre ses biens pour assurer sa subsistance. Déporté avec son épouse Sara de Zwarte (1899-1943) dans le camp d’extermination de Sobibor en Pologne, le couple y mourut assassiné le 28 mai 1943, sans descendance.
En accord avec le testament de Levie, rédigé en 1940, les biens du couple devaient revenir au Dr. Albert Heppner (1900-1945), collectionneur et historien d’art rentré dans la clandestinité dès 1942, qui mourut en 1945 sans avoir fait valoir ses droits sur les biens de Levie. Ce n’est qu’en 1950 que sa veuve, Irene Marianne Krämer (1904-1951), prit connaissance du document en se rendant chez son notaire qui, par coïncidence, était le même que celui ayant enregistré le testament de Levie. Il est envisageable qu’elle ait été au courant des ventes forcées dont fut victime le couple mais elle ne vécut cependant pas assez longtemps pour réclamer ses droits sur les tableaux vendus. C’est ainsi au fils du couple Heppner, Max Amichai Heppner que revint les droits sur les propriétés de Sam Bernhard Levie. Désormais installé aux États-Unis, Max Amichai Heppner se dédie à l'écriture de livres touchant à son passé et à la mémoire de l'Holocauste. Il a entre autres écrit I Live in a Chickenhouse, texte témoignant des années qu'il a passées à se cacher avec ses parents dans une ferme alors que les Pays-Bas étaient occupés. Pour illustrer ses mémoires d'enfance, il y a repris les dessins qu'il avait faits alors qu'il vivait dans le poulailler de la ferme.
Seules trois des œuvres de Levie vendues sous la contrainte ont aujourd’hui été retrouvées, la Vanité ci-présente étant la dernière en date. Les deux premiers tableaux furent rapatriés aux Pays-Bas peu après la guerre mais ne furent restitués à l’héritier légitime qu’en mars 2014 (voir : https://www.restitutiecommissie.nl/en/recommendation/s-b-levie/). L’accord qui vient d’être conclu pour la vente de ce tableau de Peeter Sion, rendu possible grâce à l'aide de Christie's, du possesseur du tableau et de Mondex Corporation au nom de M. Max Amichai Heppner, est aujourd’hui une manière de rendre justice à Sam Bernhard Levie.