On a décrit Bourdon (1616-1671) comme un homme du Midi ayant un certain tempérament. Les vives disputes qu’il déclenchera à l’Académie royale – dont il fut un des douze membres fondateurs – en serait la preuve. Cette fougue se ressentirait alors plus dans sa personnalité que dans sa peinture que l’on distingue à cette palette resserrée, faite de camaïeux de bruns, de rouges francs, et aux lignes symétriques. Sa génération d’artistes n’était en effet plus celle des caravagesques aux clairs-obscurs fiévreux. Mais si la peinture de Bourdon trahit une passion animée, c’est peut-être dans l’intérêt qu’il porte à l’expression des sentiments humains perceptibles dans le tragique des attitudes de ses figures.
Notre peinture au sujet tiré de l’Ancien Testament exprime bien cette inclinaison du peintre envers la théâtralité des sentiments. On y sent l’influence du grave Poussin (1594-1665) ayant porté en triomphe cette emphase contrôlée par des compositions strictes. La série des Saints Sacrements qu’il avait réalisée entre 1644 et 1648 marquait le début de cette veine classique dans la peinture et fit sur Bourdon une forte impression. Bourdon exécuta alors dans les années 1650, au cours de sa période parisienne, des compositions aux constructions inspirées par le grand maître de la peinture classique. Ce type d’image organisant les figures principales sur une bande qui ne dépasse pas un tiers du tableau, encadrées par un paysage aux teintes resserrées se retrouve notamment dans Le Serpent d’Airain, conservé au Prado (Madrid, inv. P004717) et également réalisé au début des années 1650 (voir J. Thuillier, Sébastien Bourdon (1616-1671), Paris, 2000, [cat. exp.], p. 288, n°145).
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